Éthique en Entreprise : Pourquoi vous Perdez votre Temps!

L’éthique en entreprise est en vogue. Face à la multiplication des scandales et des fraudes, nombre d’entreprises ont initié une démarche de structuration de leurs engagements en matière d’éthique des affaires. L’écriture et la large diffusion d’un code d’éthique est même devenue obligatoire pour toutes les entreprises qui entrent dans le périmètre de la Loi Sapin II. Pourtant, l’éthique en entreprise reste encore trop souvent une perte de temps ! Découvrez pourquoi dans la suite de cet article…

Le code d’éthique : une démarche volontaire, devenue obligatoire avec la Loi Sapin II

Tout d’abord, voyons ensemble ce que recouvre l’éthique en entreprise. Le dictionnaire Larousse définit l’éthique comme « l’ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un ».

En tant qu’individu, nous avons construit (et cultivons) notre éthique ou notre morale grâce à nos parents, l’école, notre religion, l’environnement dans lequel nous évoluons avec ses règles (écrites ou non).

Et ceci s’applique également au monde des affaires : que peuvent faire ou ne pas faire les collaborateurs d’une entreprise en interne ou dans le cadre d’engagements avec des tiers ?

Pour cela, de nombreuses organisations ont mis en place des codes de bonne conduite, aussi appelés code d’éthique.

Ils sont remis à chaque employé et donnent un cadre. C’est-à-dire que ces codes vont décrire ce qui est accepté ou non par l’organisation. Et notamment le comportement des collaborateurs dans le cadre de leurs activités quotidiennes.

Un code d’éthique donc ? C’est bien… mais quid de son application opérationnelle ?

Vous l’aurez compris, c’est ici que les premières difficultés commencent. Car l’éthique en entreprise butte parfois sur le principe de réalité.

En voici un exemple des plus intéressants.

Les limites de l’éthique en entreprise : Le cas Barclays

Nous sommes en juin 2016. Deux lettres anonymes sont adressées, depuis les Etats-Unis, à certains membres du conseil d’administration de la banque Barclays ainsi qu’à un autre cadre supérieur.

Ces deux lettres concernent nommément un certain Tim Main, ami et ancien collègue de l’actuel président de la Barclays.

Monsieur Tim Main est un banquier reconnu sur la place. Il fait partie des nombreux employés que le PDG actuel (M. Jes Staley) a fait venir d’une autre banque d’affaires (JP Morgan) pour redresser la Barclays.

Jusqu’ici rien de particulièrement répréhensible.

Ces deux lettres anonymes abordaient des questions de nature personnelle sur le passé de M. Main, notamment lorsqu’il travaillait chez JP Morgan.

Elles remettaient en question la pertinence de son recrutement à la Barclays. Il était question de favoritisme.

Ces lettres étaient très basiques. Remplies de grossièretés et très malveillantes, elles n’apportaient pas de nouvelles informations.

Néanmoins, l’équipe Conformité de la banque a considéré ces lettres comme une alerte et les a donc traitées comme telle.

Dès lors, la question de la légitimité et de la pertinence de ces lettres n’est pas en question. 

La direction de la compliance a lancé une enquête selon les procédures en place dans l’organisation. Ces règles stipulaient notamment que si un informateur demande l’anonymat, l’entreprise doit respecter cette demande.

Quand les instances dirigeantes ne respectent pas… le droit d’alerte inscrit dans les procédures internes

Et c’est ici que le problème a réellement commencé.

M. Jes Staley (également destinataire d’une des lettres) considérait celles-ci comme « une attaque injuste ».

Il a donc chargé l’équipe de Sécurité de l’Information de la banque de démasquer son auteur. Mais ce dernier était désormais considéré officiellement comme un lanceur d’alerte.

Une première tentative d’identification a été stoppée. L’équipe Conformité, informée de cette demande, a alors indiqué à M. Staley ainsi qu’aux équipes Sécurité de l’Information que leurs actions n’étaient pas appropriées.

Un mois plus tard, l’investigation était terminée et finalement classée sans suite. C’est alors que M. Staley a réitéré sa demande de recherche de l’auteur des lettres anonymes auprès des équipes de Sécurité de l’Information. Sans succès, le lanceur d’alerte n’étant toujours pas identifié.

Et tout aurait pu s’arrêter là.

C’est alors qu’une autre personne anonyme a tiré le signal d’alarme. Cette fois-ci directement à l’encontre de M. Staley, mettant en lumière son comportement contraire aux règles de l’organisation.

Quelles sanctions pour un manquement à l’éthique ?

À l’époque des faits, Ethics & Compliance hésitait entre sanctions théoriques lourdes… et pressions pour enterrer l’affaire

A l’heure actuelle, des sanctions sont en cours de discussion, pouvant aller d’un simple ajustement de sa rémunération variable (i.e. une diminution de son bonus annuel)… à une interdiction d’exercer dans le secteur des services financiers.

Ces conséquences théoriques qui en découlent, si on se réfère aux règles instaurées par la banque et le régulateur, seraient donc très lourdes.

Maintenant, en pratique, il est tout à fait possible que M. Staley échappe à toute sanction

Car oui, les excellents résultats de M. Staley à la tête de la Barclays aidant, s’en séparer est une décision difficile à prendre vis-à-vis des actionnaires et analystes…

Et c’est ici qu’il y a un réel problème. Les lettres ont été considérées par l’équipe Conformité de la Barclays comme remplissant les critères de la procédure d’alerte mise en place dans l’organisation.

Elles ont donc été traitées comme tel. L’auteur ayant requis l’anonymat, les règles de l’organisation devaient le protéger de toute mesure de rétorsion potentielle.

Chose que le PDG de la Barclays lui-même n’a pas respecté en tentant de démasquer l’auteur de ces lettres.

Comment demander alors aux collaborateurs et aux managers de proximité de respecter les règles, si la direction elle-même s’en affranchit ?

En 2020 : un épilogue surprenant ! L’éthique en entreprise marque des points…

L’affaire Jes Staley est une affaire à rebondissements

  • M. Staley a bien été condamné par la justice britannique pour violation de l’anonymat dans cette affaire d’alerte. L’amende n’était pas purement symbolique pour une personne physique : près de 650k£ tout de même ! 
  • La banque Barclays a également été condamnée en tant que personne morale, pour la même affaire, à une amende de 11,6M£
  • Malgré la sanction judiciaire, Jes Staley est resté en poste… nous vous l’avions annoncé 😉 Le conseil d’administration a toutefois réduit son bonus annuel de 500k£ (!)
  • En 2017, Jes Staley est la risée de la place financière londonienne pour avoir sauté à pieds joints dans un piège grossier tendu par un client mécontent… se faisant passer pour le Président de la Barclays. 
  • Finalement, c’est la révélation des liens de Jes Staley avec le milliardaire Jeffrey Epstein, accusé de proxénétisme et d’agressions sexuelles sur mineures, va précipiter sa sortie de Barclays en février 2020. Cette décision sera maintenue, bien que l’enquête du régulateur bancaire britannique l’ait largement blanchi. 

éthique en entreprise : Les escaliers se balaient par le haut

Pour tous les sujets liés à l’éthique et au contrôle interne dans les entreprises, j’ai tendance à utiliser l’exemple très parlant de l’escalier à nettoyer.

Vous avez en effet deux possibilités pour nettoyer un escalier :

  • Soit vous commencez par le bas et vous remontez. Dans ce cas, bon courage car cela vous prendra du temps, vous demandera beaucoup d’énergie et toutes les saletés de la deuxième marche et des suivantes termineront inexorablement sur la précédente, vous obligeant à recommencer.
  • Soit vous commencez par le haut de l’escalier. Et dans ce cas, chaque marche nettoyée restera propre et tout votre escalier sera nettoyé convenablement et durablement. Cela s’appelle tout simplement montrer l’exemple et ceci fait d’ailleurs partie du référentiel COSO dans son Principe numéro 1 « L’ organisation démontre son engagement en termes d’intégrité et de valeurs éthiques » (“Tone at the top“). Voir mon article Le Coso, Kesako ?)

CONCLUSION : le tone at the top, incontournable de l’éthique en entreprise

Mettre de l’éthique en l’entreprise et donner un cadre à ses collaborateurs grâce à des procédures, un code d’éthique ou tout autre moyen est indispensable.

Mais si ces règles ne s’appliquent qu’aux collaborateurs et que le management et les dirigeants, ne s’y soumettent pas, à quoi bon ?

Vous comprenez désormais mon titre d’article un brin provocateur 🙂 Pourquoi vous perdez votre temps… si le management et les dirigeants ne montrent pas l’exemple?

 

Cet article vous a parlé ? Vous avez des questions ou souhaitez apporter des précisions ou parler de votre propre expérience ? Je vous invite maintenant à faire 2 choses :

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Source : article du Telegraph – 10 avril 2017 – “whistleblowing scandal Barclays” / article Les Echos – 10 avril 2017 – “Lanceur d’alerte: Barclays dans le viseur du gendarme boursier”

 

Credit photo : Pixabay, Fotolia

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