[Chronique] Le contrôle interne, c’est quoi exactement?

Mardi 25 avril, Ethics & Compliance a eu l’honneur d’être l’invité de La Radio des Entreprises pour une chronique sur le thème “Qu’est-ce que le contrôle interne dans une entreprise ? Quelle différence avec l’audit interne ? Que l’on soit un grand groupe ou une PME, le contrôle interne recouvre-t-il la même chose ?” (interview par Simon Janvier – journaliste)

Je vous propose de réécouter l’émission en cliquant ci-dessous:

ou de lire la transcription texte de cette interview ci-dessous.

Simon Janvier – Journaliste Radio des entreprises et Journal des entreprises

#Q1 : Le Contrôle Interne, Définition illustrée

Simon janvier : Bonjour. Bienvenue sur la Radio des Entreprises dans “Conseils d’experts”, émission dans laquelle aujourd’hui on va parler de contrôle interne pour les entreprises.

On en parle avec vous Benoit Briand. Vous êtes un spécialiste de la conformité, du contrôle interne et de l’audit interne. Dans ce domaine, vous avez travaillé dans des cabinets de conseil et des grands groupes industriels.

Aujourd’hui vous éditez le site Ethics & Compliance qui donne de nombreuses clés dans ce domaine de la conformité et du contrôle interne. Et vous intervenez, toujours dans ce domaine, en matière de formation et de conseil pour les entreprises.

Voilà pour les présentations. Première question, Benoît Briand : Qu’est-ce que le contrôle interne? On va cadrer les choses pour commencer.

Benoît Briand : Bonjour Simon, c’est une très bonne question.

Le contrôle interne, c’est comme un détecteur de fumée pour vos services financiers…

Benoît Briand : Alors si vous me le permettez, je vais prendre un exemple, une image qui devrait parler à tout le monde.

Imaginez que vous êtes dans votre bureau. Vous levez la tête en direction du plafond. Que voyez-vous ? Vous devriez normalement déjà apercevoir au moins un détecteur de fumée.

Si vous n’en voyez pas, ne paniquez pas… Enfin pas tout de suite.

Ce détecteur de fumée dans votre bureau a été installé pour une raison très simple : Réduire au minimum le risque qu’un incendie se déclare dans votre entreprise et détruise tout, vous inclus.

Soit c’est la législation qui a imposé au dirigeant de l’entreprise de l’installer. Soit c’est le dirigeant lui-même et les collaborateurs de l’entreprise qui ont fait une revue des risques. Ils ont considéré le risque incendie comme étant critique concernant la bonne continuité de l’activité de l’entreprise. Et ils ont donc pris la décision de l’installer à cet endroit précis.

Maintenant, un autre choix aurait été possible. Et là, les personnes qui nous écoutent et qui cherchent encore le détecteur de fumée dans la pièce vont comprendre… Mais pas forcément apprécier.

Cet autre choix consiste à ne pas investir dans les détecteurs de fumée, pour plusieurs raisons :

  • Soit c’est volontaire : Installer des détecteurs de fumée constitue une sortie de cash. Et il se peut que la direction ne souhaite pas investir dedans.
  • Soit c’est totalement involontaire : Le risque incendie n’a pas été identifié par le dirigeant et les collaborateurs lorsqu’ils ont fait leur revue des risques pouvant impacter la continuité des activités de l’entreprise. Ou le risque n’a pas été considéré comme important.

Voilà pour le cadre. Soit des détecteurs ont été bien installés. Soit il n’y en a pas.

… SANS Détecteur, vos risques financiers sont incontrôlés !

Maintenant, imaginez qu’un incendie se déclare dans votre entreprise.

Dans le cas où aucun détecteur de fumée n’a été installé, vous ne pouvez généralement compter que sur une alerte lancée par un employé de l’entreprise, un fournisseur ou un client de passage qui voit de la fumée.

Vous ne savez pas d’où et quand est parti le feu. Et l’alerte n’est pas systématique. Vous dépendez en général du coup de chance. De la personne qui passe ou bon endroit au bon moment.

Donc, vous évacuez donc les locaux. Puis vous appelez les pompiers. Les pompiers arrivent.

Ils commencent par passer beaucoup de temps à identifier l’origine du feu. Pendant ce temps, celui-ci continue de se propager. Quand tout est terminé, une grosse partie voire la totalité de votre entreprise est partie en fumée.

La bonne continuité de vos activités est menacée. Du fait de la perte de vos stocks ou documents par exemple. Mais aussi du fait de la perte de confiance de vos clients, actionnaires ou fournisseurs.

La fonction contrôle interne repère les incidents & limite leurs conséquences

Prenons maintenant la situation de l’entreprise qui a installé des détecteurs de fumée.

Ceux-ci ont été installés de manière stratégique en fonction des risques de départ de feu. Il y en a peut-être un peu plus dans vos entrepôts de marchandises que dans vos bureaux par exemple.

Dans tous les cas, si départ de feu il y a, celui-ci sera immédiatement identifié et localisé. Deux avantages :

  • Les pompiers seront appelés immédiatement et ils sauront directement où intervenir en arrivant.
  • Ce gain de temps a pour conséquence d’éviter que le feu se propage au reste de votre entreprise.

Ces détecteurs de fumée installés de manière optimisée dans votre entreprise peuvent donc lui permettre d’identifier une défaillance très rapidement et de prendre les décisions appropriées.

Ils demandent simplement un peu d’entretien et des tests réguliers. Pour être certain qu’ils fonctionnent et qu’ils se déclencheront correctement le moment voulu.

#Q2 : Le contrôle interne, définition officielle

Simon Janvier : Donc c’est limiter le risque cette procédure de contrôle interne?

Benoit Briand : Voila !

Il y a une définition du contrôle interne qui aujourd’hui fait référence est celle du COSO : “Le contrôle interne est un processus mis en œuvre par l’organe de direction (c’est-à-dire le Conseil d’Administration), les dirigeants et le personnel d’une organisation, et destiné à fournir une assurance raisonnable quant à la réalisation des objectifs suivants :

  • Réalisation et optimisation des opérations,
  • Fiabilité des informations financières
  • Respect des lois et réglementations en vigueur.

Pour faire simple, le contrôle interne permet de s’assurer que les opérations courantes de l’entreprise se déroulent normalement.

Une chose importante : Le contrôle interne ne se limite donc pas à un ensemble de procédures ni aux seuls processus comptables et financiers.

#Q3 : Contrôle interne vs. Audit interne

Simon Janvier : On parle ici de contrôle interne. Quelle est la différence avec l’audit interne ?

Benoit Briand : Les 2 fonctions, comme leurs noms l’indiquent contiennent le mot “interne”. Elles sont donc « internes » à l’entreprise, contrairement aux commissaires aux comptes.

Comme je trouve les métaphores éclairantes, je vais continuer.

Je vais prendre l’image de la photographie et de la vidéo.

L’audit interne correspondrait à de la photographie. C’est-à-dire que les équipes d’audit vont intervenir à des moments spécifiques dans une entreprise.

Leur mission est de déterminer si celle-ci maitrise ses risques. Et si les contrôles mis en place pour maîtriser ces risques fonctionnent.

Chose importante à souligner : Ce n’est pas aux auditeurs d’identifier les risques ni de spécifier les contrôles à mettre en place. L’audit interne va évaluer le process d’identification des risques, que l’on appelle la cartographie des risques. Et il va vérifier si les contrôles déjà mis en place fonctionnent comme ils le devraient. Nous sommes donc sur des interventions en général spécifiques.

De son côté, le contrôle interne pourrait s’apparenter à de la vidéo. C’est-à-dire que c’est un process continu.

Il s’agit de procédures, process et mesures mises en place afin que l’organisation puisse atteindre ses objectifs et que les risques afférents soient identifiés et maitrisés.

Là où les audits sont effectués par des auditeurs internes, le contrôle interne est de la responsabilité de tous les employés.

Il existe également des postes de contrôleurs internes dans certaines entreprises. Ces postes sont fonction de la taille de l’organisation et de l’importance qu’elle accorde à ces sujets. Les contrôleurs internes vont être en charge de la coordination, de l’animation et du pilotage du dispositif de contrôle interne.

#Q4 : La fonction contrôle interne est-elle réservée aux grands groupes ?

Simon Janvier : Est-ce que le monde de l’entreprise est placé à la même enseigne face au contrôle interne selon que l’on est soit un grand groupe ou une PME ?

Benoit Briand : Tout le monde est concerné.

Du dirigeant à l’acheteur, du directeur financier au magasinier. Et tout le monde en fait finalement. Même lorsque vous allez chez votre boulanger, il faut savoir qu’à la fin de sa journée, il va faire un inventaire de caisse. C’est déjà une composante du contrôle interne.

Concernant les différences entre les grands groupes et les PME maintenant. Je dirais que cela dépend :

  • Dans un premier temps de la différence de moyens qui peuvent être mis à disposition
  • Et des différences de législation qui peuvent être applicables.

Les moyens par exemple : Se doter d’un service d’audit interne ou de contrôle interne correspond à un investissement en temps et en argent.

Il y a souvent une taille critique à partir de laquelle une PME pourra ou devra se doter de tels départements pour assurer un pilotage efficace du process.

En attendant, les PME font souvent le choix de demander à un ou plusieurs collaborateurs d’allouer une partie de leur temps de travail à l’animation et au pilotage du dispositif de contrôle interne. Cela demande une bonne culture de contrôle interne et de la formation.

#Q5 : Des contraintes réglementaires renforcéEs pour les grands groupes

Les contraintes règlementaires ensuite. Je ne vais pas aborder aujourd’hui les sujets sur les lois Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis ou la Loi de Sécurité Financière en France.

En revanche, je vais prendre un exemple d’actualité : la Loi Sapin 2. Sans entrer dans le détail, cette loi, promulguée en décembre 2016, donne obligation aux entreprises de plus de 500 salariés et de de plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires de mettre en place tout un dispositif de contrôle interne ciblé sur la lutte contre la corruption.

Simon Janvier : Voilà pour la première partie de cette émission consacrée à l’audit et au contrôle interne. Dans une seconde émission toujours sur ce sujet, on mettra en avant quelques exemples de fraudes qui peuvent toucher les entreprises non sensibilisées au contrôle interne. On se posera aussi ces questions : Comment mettre en place un contrôle interne dans une entreprise et surtout combien ça coûte?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Cette interview vous a parlé ? Vous avez des questions ou vous souhaitez apporter des précisions ? Je vous invite maintenant à faire 2 choses :

Source: La Radio des Entreprises / Le Journal des Entreprises

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